Dos du tome III du Dictionnaire

CURIOSITÉ

Le Dictionnaire de Coëtanlem

 

Un dictionnaire français-breton écrit sous la Révolution retrouvé au début du XXe siècle

 

En 1791, alors que la Révolution poursuit son œuvre, le noble Pierre Joseph Jean de Coëtanlem est assigné à résidence dans le manoir de Trogriffon, sur les bords de la Penzé à Henvic.

Photographie du Manoir de Trogriffon et son jardin
Manoir de Trogriffon et son jardin
Moreau.henri, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons

 

Il profite de son isolement pour rédiger un dictionnaire breton-français jusqu’en 1820. L’ouvrage fait au total 8334 pages et se répartit en huit volumes reliés de cuir.

Photographie des huit tomes du Dictionnaire
Les huit tomes du Dictionnaire
Médiathèques de Brest

 

Avant lui, quelques auteurs avaient rédigé des dictionnaires breton-français :

Julien Maunoir (1606-1683), un jésuite considéré comme le père du breton moderne qui écrit son dictionnaire en 1659

- Le Père Grégoire de Rostrenen (1667-1750) qui publie son dictionnaire en 1732 

Dom Louis Le Pelletier qui publie Le Dictionnaire de la Langue bretonne en 1752  

C’est ce dernier que Coëtanlem complète, ajoutant un nombre conséquent de remarques pour chaque mot.

 

Le mystère entourant le dictionnaire

A la mort de l’auteur en 1827, on perd complètement la trace du dictionnaire.  Aujourd’hui, on sait simplement qu’au XXe siècle,  le dictionnaire s’est retrouvé dans les mains de Yeun ar Gow, de son nom civil Yves le Goff, un écrivain Finistérien bretonnant. En 1948, deux spécialistes s’intéressent au dictionnaire et écrivent des articles. Seulement, par la suite, le dictionnaire semble à nouveau disparaître. Des rumeurs entourent l’objet, sans qu’une seule d’entre elles ne soit confirmée.

Les descendants de Yeun ar Gow ont contacté le CRBC mais ce laboratoire n’ayant pas de fonds suffisants, c’est la ville de Brest qui acquiert l’ouvrage en 2003, et en 2017, après avoir été en prêt au CRBC, le dictionnaire entre dans les collections patrimoniales de la médiathèque des Capucins.

 

Ce qu’on y trouve…

Coëtanlem fait partie d’un courant qu’on appelle la Celtomanie : il considère que le breton est une langue originelle à partir de laquelle le gaulois, puis le français se seraient formés. Cependant, la particularité de ce dictionnaire ne se trouve pas tant dans la lexicographie mais surtout dans les observations sociologiques qu’il contient. En effet, Coëtanlem, érudit lettré, s’intéresse beaucoup aux habitudes et comportements du peuple et les rapporte dans son écrit. Il cherche à les répertorier à la manière de l’esprit encyclopédique du XVIIIe siècle, non sans une certaine condescendance due à sa condition de noble. A la lecture de certaines traductions, on se retrouve plongés dans la vie des bretons du XVIIIe et XIXe siècles. Il y a, par exemple, les nombreuses superstitions :

  • Le mor-bran : en Cornouaille, grand corbeau annonciateur de mort (tome V, p. 530)
Extrait du tome V
Médiathèques de Brest
  • Le loup garou : un homme « couvert d’une peau de loup qui court dans la nuit » (tome II, p. 787) 
Extrait du tome II
Médiathèques de Brest

Dans un autre registre, on en apprend plus sur l’alimentation et les préparations :

  • Les C’hwistoch sont des crêpes épaisses ou grosses galettes qui sont préparées par des femmes qui battent la pâte directement avec la main (Tome II, p. 298).
Extrait du tome II
Médiathèques de Brest
  • Le Dour-irin est une boisson à base de prunelles consommée par les pauvres (tome II, p.1130). 
Extrait du tome II
Médiathèques de Brest

Le dictionnaire de Coëtanlem, conservé dans la réserve patrimoniale de la médiathèque de Brest, est un véritable trésor. Il nous offre une fenêtre fascinante sur la vie des paysans bretons, à travers la langue qu’ils utilisaient au quotidien. Un document unique qui nous aide à mieux comprendre l’histoire de la Basse-Bretagne.

 

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Avec l’aide de Ronan Calvez, enseignant-chercheur au Centre de recherche bretonne et celtique

 

Pour en savoir plus sur la langue bretonne :

- La grammaire de Jean François Le Gonidec, première grammaire bretonne en 1807 

- Le dictionnaire de Le Gonidec enrichi par Théodore Hésart de La Villemarqué

- Ainsi que son essai sur la langue bretonne

 

Document numérisé:

Tome 1 : A-Buz

Tome 2 : C-Dun

Tome 3 : E-Gwi

Tome 4 : H-Luz

Tome 5 : M-Ozil

Tome 6 : P-Ruz

Tome 7 : S-Sut

Tome 8 : T-Z

 

Dans la section "Commentaires", vous trouverez un index permettant de rechercher un mot à partir de ses premières lettres : 

Capture de la section

 

 Brest, Médiathèque François Mitterrand-Les Capucins, MS 200